Bloc de glace instable sur l'everest : l'ascension menacée

Un gigantesque bloc de glace, pesant des millions de tonnes, suspendu au-dessus de la cascade de glace du Khumbu, en Népal, a provoqué un drastique ralentissement de la préparation de la principale voie d'accès à l'Everest. La saison printanière, déjà tendue, se voit fragilisée par cette situation inédite.

Le défi des ‘médecins de la glace’

Le défi des ‘médecins de la glace’

Depuis deux semaines, l’équipe spécialisée des sherpas, surnommée les ‘médecins de la glace’, surveille avec anxiété la stabilité de cette formation glaciaire colossale. Leurs efforts pour sécuriser le tracé sont entravés par le risque imminent d’une avalanche, potentiellement déclenchée par le moindre mouvement du bloc.

L’ampleur de la tâche est vertigineuse. Le bloc de glace, dont le poids est estimé à des millions de tonnes, est intrinsèquement instable. Il ne peut être retiré, ce qui place les équipes dans un état d’attente, analysant en permanence les paramètres.

Himal Gautam, porte-parole du Département du Tourisme du Népal, a déclaré : « La situation est préoccupante. Aucune intervention n'est envisageable pour le moment. Nous évaluons la situation avec la plus grande prudence. »

Une réunion d'urgence, réunissant les principales parties prenantes, a été convoquée jeudi. La décision a été prise de déployer des experts nationaux et internationaux pour mener des inspections aériennes et terrestres, et de produire un rapport d'évaluation dans les 48 heures. Les autorités envisagent alors des mesures de contingence.

Le Népal avait déjà autorisé 410 permis d'ascension, se rapprochant du record de 2023 (479 permis). Ce retard, cependant, pourrait entraîner une congestion accrue sur la voie d'accès, ainsi qu'une compression du calendrier de l'ascension. La ‘zone de la mort’, située au-dessus de 8 000 mètres, où les niveaux d'oxygène sont extrêmement bas, serait particulièrement affectée.

Rishi Bhandari, secrétaire général de l'Association des Opérateurs d'Expéditions, a souligné : « Un retard prolongé pourrait contraindre les alpinistes à se lancer dans une course contre la montre, en s'appuyant sur des fenêtres météo plus restreintes. Le risque de traumatisme lié à l'altitude est alors considérablement amplifié. »

La cascade de glace du Khumbu, située au-dessus du camp de base de l'Everest, est un glacier en mouvement perpétuel, parsemé de crevasses et de blocs de glace monumentaux. Les alpinistes la franchissent généralement la nuit ou au lever du jour, lorsque les températures les plus basses réduisent le risque de déchaussement. Les accidents y sont fréquents et souvent tragiques. En 2014, un effondrement d'un ‘serac’ a provoqué une avalanche qui a coûté la vie à 16 guides sherpas, entraînant l'annulation de la saison. Des mesures de sécurité ont depuis été mises en place, modifiant la voie d'accès pour minimiser l'exposition aux glaciers suspendus. En 2023, trois alpinistes ont perdu la vie suite à un effondrement de la glace. Dawa Steven Sherpa, directeur général de Asian Trekking, a conseillé aux ‘médecins de la glace’ d’évaluer la stabilité du bloc. « Sinon, il faudra envisager une alternative, bien que cela représente un défi logistique et humain considérable. »

La saison de l'Everest, qui démarre avec les ‘médecins de la glace’ qui préparent la voie jusqu'au camp II (6 400 mètres), est désormais suspendue. Les porte-bagages et les sherpas transportent l'équipement et l'oxygène vers les camps supérieurs, tandis que les alpinistes entament leurs rotations d'acclimatation. La complexité de la chaîne logistique est accentuée par cette situation. Le gouvernement népalais a déjà perçu 5,98 millions de dollars en taxes de permis cette année, un chiffre record pour l'Everest.