Hary, le record d’une course folle : 10,0 secondes, un exploit improbable
Le 21 juin 1960, Armin Hary a défié le destin et les statistiques à Zurich, en inscrivant une performance spectaculaire de 10,0 secondes sur 100 mètres. Une course qui restera gravée dans l’histoire de l’athlétisme, marquée par des circonstances exceptionnelles et un courage surprenant.
Un départ annulé, une course improvisée
Initialement, Hary n’était pas censé participer à cette finale de Coupe du Monde. Le Deutsche Leichtathletik-Verband (DLV) lui avait interdit de courir, espérant le préserver pour les Jeux Olympiques de Rome. Pourtant, après une journée passée à travailler comme électronicien chez Kaufhof, une aubaine inattendue : le DLV, sous pression, autorise finalement Hary à prendre le départ. Mais le problème majeur : tous les vols étaient complets.
Un employé de Lufthansa, témoin de cette situation, a eu l’idée ingénieuse de fournir deux billets d’avion à Hary, le poussant ainsi à se précipiter à Zurich. À peine installé à l’hôtel, il s'est jeté sur la piste, seulement dix heures après avoir reçu l'autorisation. Une course contre la montre, un pari risqué, mais l’ambition le poussait à aller jusqu’au bout.

Une piste particulière, un démarrage audacieux
Il est crucial de souligner que Hary a couru sur une piste d'athlétisme en terre battue, bien moins performante que les pistes en tartan modernes. Malgré cette particularité, la surface était étonnamment dure et réactive. Il avait déjà réalisé un essai de 10,0 secondes quelques jours auparavant, une performance remarquable pour l'époque. Ce soir-là, il était concentré, déterminé à briser la barrière des 10 secondes.
Le départ est le plus rapide de l'histoire du sprint. Le départ est marqué par un « faux départ », ce qui, selon les règles en vigueur à l’époque, implique une disqualification. Mais Hary insiste, exigeant un deuxième essai. Et il obtient, grâce à la persévérance et à l’intervention de ses concurrents, qui acceptent de relancer la course. Une situation rare et exceptionnelle.

Un record magique, une reconnaissance tardive
Les 10,0 secondes ont longtemps été la limite absolue dans le 100 mètres. Pendant vingt ans, le record du monde est resté à 10,2 secondes, initialement établi par Jesse Owens en 1936. Avant cela, Willie Williams avait atteint les 10,1 secondes en 1956. Mais le 21 juin 1960, Hary a transcendé ces chiffres, en inscrivant une performance qui a marqué une génération.
Bien que le record ait été officiellement maintenu à 10,0 secondes dans les annales, il est important de noter que Hary n’a jamais reçu de récompenses financières pour cette victoire. En tant qu’amateur, il était soumis aux réglementations en vigueur, ce qui limitait les gains consentis. Il a toutefois reçu une acte de reconnaissance de la part de l’empereur japonais.
La performance de Hary reste une source d’inspiration pour les athlètes d’aujourd’hui. Usain Bolt, le meilleur sprinteur de tous les temps, lui rend hommage, reconnaissant que sa course a été une véritable révolution. Si Bolt avait couru sur une piste en tartan, il aurait indéniablement battu ce record historique. Il est certain qu’il aurait dépassé la barre des 10 secondes.
