Trapattoni : la colère volcanique qui ébranla le bayern munich
Le 10 mars 1998, le Bayern Munich, champion en titre, venait de s'incliner à Schalke 04, concédant un point crucial dans la course au titre. Mais c'est une autre défaite, celle de l'honneur, qui allait marquer les annales du football allemand. Giovanni Trapattoni, l'entraîneur italien, explosa lors d'une conférence de presse légendaire, une déflagration verbale qui résonne encore aujourd'hui.
Un décembre de colère préparé avec méticulosité
Contrairement aux apparences, ce n'était pas une simple réaction impulsive. Trapattoni, connu pour son tempérament bouillant, s'était préparé méticuleusement à cette confrontation. Selon Markus Hörwick, son ancien responsable de la communication, le tacticien italien avait apporté avec lui pas moins sept ou huit feuilles de notes, un arsenal pour déballer ses griefs. L'atmosphère était électrique, la salle bondée de journalistes français et internationaux, tous conscients d'assister à un événement potentiellement historique.
« Êtes-vous prêts ? », avait murmuré Trapattoni avant de lancer sa diatribe, un véritable feu d'artifice de critiques acerbes. Son message était clair : la responsabilité de ce recul n'incombait pas à lui, l'entraîneur, mais à ses joueurs. Il enleva son chapeau face à l'incompréhension de ses joueurs qui étaient tous choqués par son fougue.

Strunz, scholl et basler dans la tourmente
Le nom de Thomas Strunz, blessé chronique, fut la première cible. « Qu'est-ce que Strunz fait ? », rugit Trapattoni, avant de s'en prendre à Mehmet Scholl et Mario Basler, deux joueurs qui avaient osé critiquer l'équipe après la défaite à Gelsenkirchen. Les tensions étaient à leur comble, au point que Trapattoni avait déjà fustigé les joueurs la veille, soirant même le dîner de Uli Hoeneß, le puissant dirigeant du club, en renversant accidentellement une bouteille de vin rouge sur sa chemise. Un détail anecdotique qui illustre la violence de ses émotions.
Loin de s'éteindre, la colère de Trapattoni avait mûri pendant un court séjour en Italie. Il avait même contacté un journaliste transalpin pour s'assurer de provoquer un véritable « tollé ». Le résultat fut une conférence de presse mémorable, où l'entraîneur italien fulminait contre ses joueurs, les accusant de manquer de respect et de compromettre les chances du club. Le tutoiement, le langage cru, l'intensité du regard. tout contribuait à créer une atmosphère surréaliste.
Aujourd'hui, à 83 ans, Trapattoni, devenu arrière-grand-père, relativise cet épisode de sa carrière. Il en rit même, considérant que cette colère volcanique est devenue une légende. « Avec la phrase de la bouteille vide, j'ai même fait de la publicité pour un système de boissons gazeuses », plaisante-t-il. Et le « Ich habe fertig » (J'ai fini) ? Il trône désormais aux côtés de la citation « Je fais un rêve » de Martin Luther King dans un recueil de phrases historiques. Un accomplissement, même pour un volcan en éruption.