Savicevic, le génie fou du football : le dribble, la rage et la champions
Le visage buriné, les cheveux blancs, Dejan Savicevic, l’ancien prodige du Milan, nous reçoit dans son bureau à Sesto San Giovanni, un sourire en coin qui trahit une âme toujours passionnée par le ballon rond. Son autobiographie, sortie récemment, est un voyage inoubliable au cœur d’une époque révolue, celle du football artistique, où la technique et la fantaisie étaient les maîtres mots.
Le dribble qui déstabilise : un art de la déstabilisation
Savicevic n'était pas un dribbleur classique. Il ne cherchait pas à dépasser un défenseur par la force brute. Son approche était différente, basée sur l'intelligence et la précision. Il pointait le défenseur, le fixait du regard, puis, grâce à une feinte subtile et à un contrôle de balle impeccable, l’obligeait à s'incliner, à perdre l'équilibre. Un coup de pied dans le camp adversaire, et l'adversaire s'écroulait. C'était un ballet, une chorégraphie où chaque mouvement était calculé, chaque feinte était une arme.

La finale de barcelone, un moment de folie
La finale de la Ligue des Champions 1994 contre le FC Barcelone, un match remporté 4-0 par le Milan, reste gravé dans la mémoire de tous. Mais c’est le troisième but de Savicevic, un ballon d’œil magistral qui déborde le gardien Zubizarreta et rentre dans la lucarne, qui marque les esprits. « J'avais vu le point exact où la balle allait tomber dès le moment où je la frappais », se souvient-il avec un sourire. Cette nuit d’Athènes fut sa « nuit ».

Un leader charismatique et une rage de vaincre
Savicevic était bien plus qu’un joueur talentueux. C’était un leader, un meneur de jeu. Son conflit avec Fabio Capello, alors entraîneur milanais, en est la preuve. Il voulait imposer sa vision du football, sa manière de jouer, et il était prêt à tout pour défendre ses convictions. Une personnalité forte et une détermination sans faille, qui ont contribué à son succès sur le plan sportif.

Le football aujourd’hui, un constat amer
Aujourd’hui, Savicevic observe le football moderne avec un mélange d'admiration et de déception. « Il y a des joueurs comme Messi, Ronaldo, Neymar qui sont exceptionnels », admet-il. « Mais j’aimais Ronaldinho, mais il n’était pas un vrai professionnel. » Il regrette le manque de respect du jeu, la priorité accordée à la force et à la vitesse au détriment de la technique et de l'esthétique. « Dans les années 80, on avait 18 équipes en Serie A. Avant la Champions League, il fallait jouer 9 matchs pour gagner. Maintenant, les joueurs gagnent beaucoup d'argent, mais le football a perdu de sa magie. »

Un héritage précieux : la passion et l’art du dribble
Savicevic, un joueur qui a marqué l’histoire du football, nous laisse un précieux héritage : la passion, l’art du dribble, le plaisir de jouer. Un rappel que le football, ce n’est pas seulement une question de scores et de victoires, mais aussi une expression de l’âme humaine. Un souvenir vibrant, une nuit d'Athènes, un ballon d'œil magique. Le génie est parfois fou, et c'est ça qui compte.
